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mercredi 22 novembre 2017

LA BIBLE DANS LA TRADITION ARMENIENNE CHRETIENNE (1)

Lorsque je songe au rôle de la Bible dans l’Église arménienne et dans la vie du peuple arménien, il me vient à l’esprit l’image du corps humain et du sang qui y circule. Tout au long de l’histoire de l’Église arménienne, comme aujourd’hui, la Bible occupe une place centrale. Elle donne à la liturgie une signification particulière, et aux fidèles un sentiment très fort de communion avec la présence divine.

Cette présence dominante de la Parole de Dieu dans la liturgie est destinée à communiquer au peuple arménien l’amour et l’attention de Dieu. Car pour comprendre vraiment l’histoire de ce peuple, il faut tenir compte de l’influence primordiale de la Bible, où est consignée la vérité éternelle du salut par la Parole et les actes de Dieu. (...)

Son nom arménien: «le Souffle de Dieu»
Commençons par le nom même de la Bible. En arménien, les gens du peuple aussi bien que les ecclésiastiques l’appellent Astouadsachountch Matean, c’est- à-dire «Livre divinement inspiré». Mais souvent, on dit simplement Astouadsachouhtch ce qui signifié «le Souffle de Dieu». On trouve l’origine de ce nom chez saint Paul (2 Tim. 3.16); mais tandis que Paul emploie cette idée en passant, les Arméniens, eux, y ont reconnu une grande valeur théologique pour définir la Bible dans son sens le plus profond et le plus véritable. Elle caractérise précisément l’attitude des Arméniens: pour eux, la Bible est effectivement le Souffle de Dieu, Transcendant le sens littéral de l’expression, ce souffle jaillit et se répand sous la forme d’une puissance de grâce et de sa¬gesse. L’influence que la Bible a exercé sur la vie, l’histoire et la culture du peuple arménien tient en grande partie à ce mot, Astouadsachountch, et à ses connotations spirituelles et théologiques.


A l'origine de la culture arménienne: la Bible
La traduction de la Bible, en effet, produisit dans le peuple arménien une transfiguration, une transformation totale, dont les bienfaits furent sensibles non seulement au 5e siècle, mais pendant les siècles suivants encore. Toute la littérature - on peut dire, sans exagérer, toute la culture - en fut profondément affectée, sur les plans littéraire et linguistique, bien sûr, mais aussi et surtout psychologique, intellectuel et spirituel. Voici ce qu’en dit N. Adontz, historien et byzantiniste de renom: «La Vulgate, pour les pays latins, n’eut pas autant d’importance que la Bible arménienne pour les Arméniens. La littérature latine existait déjà depuis longtemps lorsque parut la Vulgate; en revanche, la Bible arménienne inaugurait une ère nouvelle au cours de laquelle les Arméniens, apprenant à se servir d’une plume, allaient prendre leur place dans la civilisation.»
Dans toute la littérature classique arménienne, on peut voir l’influence prédominante de là Bible. Celle-ci annonçait l’aube de la littérature arménienne; mais de surcroît elle devint source d’inspiration pour de nombreux siècles. (...)

Le bien le plus précieux
Parmi les aristocrates, comme dans les classes moins aisées de la population arménienne, la Bible jouissait d’un prestige et d’une autorité des plus considérables.
Les simples paroissiens étaient capables de réciter des psaumes de mémoire; quant aux nobles, ils se référaient constamment à la Bible lorsqu’ils débattaient de questions religieuses ou philosophiques. Jusqu’au XIIe siècle, les prêtres devaient connaître par cœur l’ensemble des 150 Psaumes. L’étude de la Bible, en particulier son exégèse, devint une des disciplines les plus florissantes des études supérieures. La majorité des manuscrits arméniens conservés sont des textes intégraux de la Bible, du Nouveau Testament ou des Psaumes. (...)

Pour donner une idée de l'attitude des gens du peuple, on peut mentionner un colophon copié d’une Bible manuscrite dans l’église d’un village de la province de Sébaste. Le manuscrit lui-même est aujourd’hui perdu. A la fin du texte, le copiste raconte l’histoire que voici:

«Quatre frères héritèrent de leur père une maison. Cette maison ne pouvait se diviser qu’en trois parties. Mais le père avait aussi laissé une Bible, considérée comme la quatrième part de l’héritage. Lorsque les frères eurent tiré au sort pour déterminer la part de chacun, celui qui reçut la Bible fut ravi de sa bonne fortune et les trois autres l’envièrent terriblement ...».

Par Sa Sainteté Karekin I catholicos 
(* Extraits d’un article paru en anglais dans le livre de S. S. Karekin II de Cilicy, 
In Search of Spiritual Life, Antélias, Liban, 1991)

(à suivre...) 
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