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mardi 4 juillet 2017

Impressions de voyage – Pèlerinage à Jérusalem, 24-29 mai 2017


La proposition vient de la plus jeune d’entre nous, les yeux pétillants de malice, trépignant d’impatience de se retrouver « là-bas » : « Et si on créait un groupe WhatsApp avec les coordonnées de tous ? » Aussitôt dit, aussitôt fait. C’est ainsi que, ce mercredi soir- là, à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, le groupe WhatsApp est créé, qui va rythmer joyeusement notre vie les cinq jours suivants, délivrant les messages les plus variés allant du « Bari louiss » au « Rendez-vous dans une heure précise au dîner !!»

Nous sommes une vingtaine de jeunes gens à partir en pèlerinage à Jérusalem ce soir-là, de Paris, mais aussi de Lyon, de Londres et d’Erevan, sous l’égide de notre Evêque, Monseigneur Vahan Hovhanessian, qui nous accompagne.

Nous avons amplement le temps de faire connaissance durant les quatre heures d’attente à l’aéroport de Roissy combinées au cinq heures de vol en pleine nuit et aux quatre heures suivantes passées à l’aéroport de Tel-Aviv, à moitié endormis devant les tapis de livraison des bagages, le temps que quatre personnes de notre groupe retenues aux douanes nous rejoignent.

Puis nous enchaînons directement avec une journée de visites assez remplie, grâce au car et au guide qui nous accompagnent : la Galilée, avec le Mont Thabor où a eu lieu la Transfiguration du Christ, puis le Mont des Béatitudes (sur lequel Jésus a énoncé le Sermon des Béatitudes) ; le tout suivi d’une promenade en bateau sur le lac de Tibériade. Là, la sensation est presque irréelle: au milieu des eaux bleues émeraude calmes et silencieuses de cet écrin entouré de terres désertiques, nous tentons de réaliser que nous sommes en train de naviguer sur ce même lac où Jésus a marché, navigué, parlé à ses disciples ; l’exercice mental n’est pas très facile, mais marque nos esprits…

Après une première nuit réparatrice à l’hôtel, les jours suivants apportent leur cortège de visites spirituellement riches, avec une séance quotidienne d’étude biblique en plein air animée par Monseigneur Vahan, dans une ambiance tantôt espiègle, tantôt recueillie dans la prière : le couvent arménien Saint Sauveur à Jérusalem (où se serait trouvée la maison de Caïphe dans laquelle Jésus aurait été enfermé quelques heures), le Cénacle, le Mont de la Tentation, la Mer Morte, Gethsemani, le tombeau de la Sainte Vierge, le Patriarcat arménien de Jérusalem avec l’église des Saint Archanges et l’église Sourp Hagop, la Via Dolorosa, la piscine de Béthesda (où Jésus avait guéri le paralytique), la grotte de la Nativité à Bethléem, Jaffa…

Le Jourdain constitue un moment particulier de notre pèlerinage. Le lieu où se recueillent les pèlerins est l’endroit où le fleuve est le plus étroit. En effet, seules quelques dizaines de mètres séparent la rive occidentale, où nous nous trouvons, de la rive orientale, qui appartient à la Jordanie. La frontière, ténue, est matérialisée par quelques balises dans l’eau, et les pèlerins de chacun des deux pays se font face, avec des soldats de chaque côté. Les fidèles se succèdent dans une atmosphère sereine et recueillie, en marchant sur les planches en bois qui surplombent le fleuve, bordé de joncs et d’une végétation prolifique. Nous avons alors l’heureux privilège, sous ce soleil de plomb, de pouvoir entrer à tour de rôle dans l’eau du Jourdain pour renouveler nos vœux de baptême en recevant une poignée d’eau symbolique sur la tête, versée par notre Evêque.
Ces moments nous ont laissé des beaux souvenirs où se mêlent l’ocre de l’eau, le vert des joncs et les rayons brûlants du soleil que seule apaise la fraicheur bienvenue de l’eau du fleuve.



Mais pour la majorité d’entre nous, l’endroit le plus impressionnant, le plus mystérieux, le plus attachant, qui fait couler des larmes à bon nombre d’entre nous, est le Saint Sépulcre.
Imaginez un groupe d’une quinzaine de jeunes, de 20 à 40 ans, se lever à trois heures du matin pour se rendre au Saint Sépulcre ; sur le chemin, le décor est digne de paysages de cinéma : dans l’obscurité de la nuit, nous traversons des petites ruelles, étroites et éclairées par des lumières jaunies, nos pas résonnant sur des pavés vieux de plusieurs millénaires…
L’objectif de cette promenade matinale est d’entrer dans l’église pour assister à la messe arménienne à quatre heures du matin devant le tombeau du Christ, en petit comité, dans le plus profond silence. La messe est émouvante, magnifique. Nous avons ensuite le privilège de nous recueillir quelques secondes dans la petite chambre contenant le tombeau vide de Notre Seigneur. Il est de ces moments qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, empreints d’une solennité sacrée, qui ne s’oublient pas. C’est comme si le temps s’arrêtait, et le temps d’une messe, d’une prière, toutes nos demandes étaient adressées directement au cours d’un tête à tête avec Dieu.

Le Saint Sépulcre est une immense église composée de plusieurs niveaux et compartiments, construite en partie au-dessus d’un rocher qui serait le Golgotha. Ce rocher, très volumineux, est incorporé dans la construction même de l’église et est visible à sa base (au sous-sol) et à son sommet (au premier étage). Le Saint Sépulcre offre au visiteur néophyte un labyrinthe de chapelles et d’escaliers aux détours desquels on peut se recueillir dans les nombreux endroits saints : le lieu où la Croix du Christ aurait été plantée dans le rocher du Golgotha, le lieu où la Vierge Marie se serait évanouie devant la Croix, la plaque de marbre à l’endroit duquel le corps du Christ aurait été déposé…
Au centre, sous la coupole principale, se trouve l’édicule, une petite chapelle abritant le tombeau du Christ*. Il faut entrer à l’intérieur par une petite porte, traverser une première pièce étroite, pour ensuite se retrouver dans une deuxième pièce exiguë, qui laisse entrevoir sur la droite, surélevée, une dalle de marbre qui sépare de quelques mètres le pèlerin de la tombe du Christ.

Quel est notre ressenti au moment de nous agenouiller devant cette tombe si unique ? Malgré les conditions peu propices à l’oraison (les prêtres demandant sans arrêt aux pèlerins, à haute voix, d’aller plus vite), une telle atmosphère se dégage de la chambre contenant le tombeau qu’il suffit d’être agenouillé même quelques secondes, et de poser sa tête sur la dalle de marbre, pour ressentir un mystère puissant. Nous sommes nombreux à trouver ce temps trop court et à revenir les jours ou les nuits suivantes. Une autre fois, grâce à un prêtre plus compréhensif, quelques-uns d’entre nous, parvenons à rester une ou deux précieuses minutes à l’intérieur, au fond de la chambre du tombeau, en essayant de se faire oublier discrètement, alors que les autre pèlerins défilent un peu plus vite ; et là, la prière – et quelle prière… - devient possible et transcendante…
Merci à vous tous, membres de ce groupe si harmonieux et soudé, grâce à vous l’ambiance de ce pèlerinage a été exceptionnelle. Merci à Monseigneur Vahan Hovhanessian, à notre chère Mlle Loussine Arzumanian, l’organisatrice de ce voyage, ainsi que M. Makinadjian, sans lequel ce pèlerinage n’aurait probablement pas eu lieu.


*Il existe plusieurs raisons de penser qu’il s’agit bien de l’endroit du tombeau du Christ : tout d’abord, à quelques mètres de ce tombeau, on trouve d’autres tombes datant du Ier siècle; par ailleurs, c’est là que l’empereur Hadrien fit construire en 135 un temple païen pour empêcher le culte chrétien, justement parce que cet endroit était un lieu de culte judéo-chrétien très important à ce moment-là, d’après une tradition orale forte qui peut être digne de confiance entre l’an 33 et l’an 135 ; puis en l’an 325, l’empereur Constantin aurait débuté la construction de l’édicule après avoir détruit le temple païen; de plus, c’est le seul endroit pour lequel les églises catholique, arménienne, grecque s’accordent pour dire que c’est bien le tombeau du Christ ! Et, un phénomène inexpliqué : lors de l’ouverture du tombeau pour la rénovation à la fin 2016, trois des instruments et deux des ordinateurs de l’équipe scientifique ont été soit perturbés soit se sont arrêtés de fonctionner ; il a fallu changer des pièces qui étaient hors d’usage, et même une fois les instruments réparés, il a fallu un certain temps avant que les mesures ne ressemblent à quelque chose d’interprétabl.

Anahit Hakobyan



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