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mardi 18 août 2015

L'Arménie chrétienne et les autres Eglises

L'Arménie est une "petite plate bande" , selon l'expression pittoresque de l'historien arménien Moïse de Khorène, et qui a été souvent soumise aux grandes puissances : mais cette "petite plate bande" a accompli des oeuvres de grande valeur, à savoir des exploits guerriers, des armes consacrées à la prospérité du pays, au progrès religieux, des manifestations civilisatrices comme les arts et la peinture la sculpture, l'architectureet enfin le dévouement au christianisme avec un sens et une pratique admirables.
Il est permis de déclarer, sans forcer la vérité, que le peuple arménien est un peuple chrétien par excellence. Ses moeurs, les vues philosophiques qui lui sont propres, sa vie quotidienne, enfin ses conceptions sociales, tout cela est profondément imprégné de l'esprit chrétien. L''Eglise arménienne a été le porte-flambeau intrépide de la religion du Christ. Elle a vécu cette religion et l'a prêchée, au prix de sa vie, aux nations et aux peuples qui l'entouraient, en Proche Orient, dans un milieu hétérogène. Cette Eglise est un héritage apostolique pour le peuple arménien. Naturellement elle a passé avec le peuple arménien par toutes les vicissitudes de la vie politique : elle fut exposée aux troubles et aux secousses intérieurs et extérieurs, son corps fut blessé, déchiré, mais malgré toutes ses épreuves, elle a conservé son identité nationale.


Les violences politiques et dogmatiques qui venaient, soit de Rome, soit de Byzance, soit de Ktésiphon, de l'Eglise nestorienne, si puissante sous les Sassanides, n'ont pu l'ébranler à fond. Elle resta ferme, comme le mont Ararat, en dépit des foudres qui l'assaillirent de tous côtés.
Heureusement le  zèle théologique de ceux qui appuyés sur la force politique, ne cessaient jadis d'intimider l'Eglise Arménienne, les a abandonnés    pour toujours. Les esprits sérieux, de même que les croyants prudents, regardent d'un sourire plein de sagesse les procédés des siècles passés. Ils se montrent plus indulgents, plus enclins à respecter la conscience religieuse d'autrui, ce qui est plus humain et plus conforme à l'esprit chrétien.

Nous avons  souvent signalé un fait et nous croyons devoir insister sur lui une fois de plus.
Les Eglises chrétiennes doivent se rapprocher et se pénétrer du sentiment de coopération et d'amour, car le danger d'aujourd'hui est dirigé contre le christianisme lui-même. Ce ne sont pas les Eglises de telle ou telle dénomination qui se voient persécutées, mais la religion elle même est en péril. Anciennement les états et les gouvernements protégeaient l'Eglise et s'en servaient pour des buts politiques et diplomatiques. Aujourd'hui, les gouvernements, sauf quelques exceptions négligent la religion ou la persécutent carrément.
Toutes les Eglises chrétiennes, petites et grandes, doivent  former un seul front contre les dangers commun qui proviennent de l'indifférence, de la négligence de l'enseignement religieux, de l'athéisme, de l'intolérance d'une Eglise envers l'autre, etc. Aucune Eglise isolée ne pourra rien contre ce front unique. Si les Eglises des diverses dénominations continuent à  se dresser les unes contre les autres en lutte ouverte ou secrète; si elles continuent à user de tous les moyens pour accaparer les ouailles d'autrui, certainement aucune de ces Eglises ne pourra mettre son autorité à l'abri des attaques.
PAPKEN I
Catholicos coadjuteur de Cilicie
(1928-1936)

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