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dimanche 2 août 2015

La branche jeunesse de l’Eglise apostolique arménienne en mouvement

«Nor Haratch» - Comment les unités de jeunes de l’Eglise sontelles organisées ? 
Père Houssik SARGSYAN - Il y a longtemps que Saint Etchmiadzine, l’Eglise mère, avait créé un corps baptisé « Unité de la jeunesse de l’Eglise arménienne » dont l’objectif était de réunir dans un même organisme des jeunes du monde entier fi dèles à l’Eglise apostolique arménienne et impliqués dans la vie paroissiale, d’encadrer leurs œuvres, les former en vue d’exercer leurs responsabilités afi n que les talents et les efforts des jeunes générations soient mieux organisés. Au sein de Sainte Etcmiadzine, par consensus, les représentants de différents diocèses créent une réglementation; les principes et le cadre de l’action sont tracés pour ces cercles de jeunes qui ne bénéfi cient pas d’associations adéquates. Car il faut le reconnaître, in fi ne ce sont les jeunes qui vont défendre la cause de l’Eglise en devenant des dirigeants, des membres des organes divers ou des diacres. Il faut qu’ils grandissent au sein de l’Eglise conformément à ses attentes. En ce qui concerne le Diocèse arménien de France, cette structure pan-arménienne (de la jeunesse arménienne) a franchi une étape dans sa réorganisation avec l’arrivée de Monseigneur Vahan Hovhannessian, en passant de la théorie à la pratique. Dans le passé, cette mission était coordonnée par le Saint-Siège d’Etchmiadzine sous le contrôle du père Antranik Maldjian de Valence. Monseigneur Hovhannessian s’efforce de créer une union de la jeunesse qui réunirait tous les jeunes des différentes paroisses de France. Par ailleurs, le camp d’été qui va avoir lieu prochainement, a une dimension nationale. Des adolescents des trois grandes villes françaises, Paris, Lyon et Marseille, ainsi que ceux des autres villes, pourront rejoindre cette organisation de jeunesse après deux ans d’apprentissage. Je souligne que ce mouvement existe déjà à Paris depuis 2008 grâce à la volonté des anciens chefs de l’église, des paroissiens et des jeunes. Tous les jeudis les jeunes se rassemblent dans la salle de l’église pour débattre des thèmes bibliques. Mon rôle consistait à mettre de l’ordre dans cette initiative dispersée d’une manière chaotique et de former l’Union de la Jeunesse Arménienne de la Cathédrale Saint JeanBaptiste. Nous avons déjà un site internet, www.jeaap.net, et même une page Facebook (www.facebook.com/JEAAP.Jean.Baptiste), pour faire connaître nos actions. Il existe des groupes de jeunes similaires à Valence, Grenoble, Marseille, Strasbourg, Lyon et Décines. Nous ne sommes pas reconnus par l’État en tant qu’une union de la jeunesse car nous sommes une structure interne à l’Eglise, comme par exemple le « Comité des Dames ».



« NH » - De combien de membres dispose cette Union et quelles sont concrètement ses actions ? P.H.S. - Nous avons sûrement 40 à 50 membres mais ils ne sont pas tous des permanents. Outre les études bibliques (qui se déroulent désormais les vendredis au lieu des jeudis) nous organisons également des pèlerinages dont le dernier a eu lieu à Turin (du 8 au 10 mai) à l’occasion de l’exposition du « Saint Suaire ». Nos jeunes répondent favorablement aux initiatives et donnent
un coup de main en cas de besoin pour toute sorte de tâches liées à l’église. Cela peut être du ménage, de la retouche ou l’entretien de vêtements liturgiques, apporter une aide aux événements organisés par le « Comité des Dames ». Bref, chacun offre ses services à la communauté dans la mesure de son possible. Il ne faut pas oublier que l’objet principal de notre comité de jeunesse est l’étude de la Bible et dans ce cadre nous avons déjà abordé huit thèmes. Pendant le premier trimestre 2014 nous avons effectué l’interprétation et l’exégèse de la Liturgie. Ensuite, le deuxième trimestre était consacré aux différents débats notamment concernant les défi s de la jeunesse, la position de l’Eglise face aux questions d’actualité comme le suicide, l’homosexualité, la sexualité etc. Enfi n, le troisième rimestre était consacré à l’interprétation de la Bible. Nous avons également l’intention de transmettre à la nouvelle génération l’histoire de notre peuple parce qu’elle semble être éloignée de ses racines. L’archevêque Norvan Zakarian œuvre déjà dans ce sens en présentant un cycle de conférences au Centre Culturel de l’UGAB. J’espère que nous aussi allons avoir avant la fi n de l’année un cycle de conférences dédié à la jeunesse et intitulé « Importantes Pages de l’Histoire du Peuple Arménien ». Je voulais aussi ajouter que l’Union de la Jeunesse est ouverte à tout le monde et tous ceux qui ont le désir d’y participer sont les bienvenus.  

« NH » - La communication entre les jeunes se fait-elle en arménien ou en français ? 
P.H.S. - En arménien bien sûr, mais s’il y a quelqu’un qui ne maîtrise pas l’arménien, une traduction simultanée se met immédiatement en place. Heureusement, la majorité d’entre eux parle l’arménien  car 60 à 70% sont originaires d’Arménie. Quant à la question de savoir pourquoi les Arméniens nés en France sont moins nombreux à nous rejoindre, cela est diffi cile à dire. C’est une question qui me préoccupe car nous ne pouvons rien transmettre en imposant la langue comme principe.

« NH » - Sur le plan organisationnel, ce groupe a-t-il une structure administrative ?  
P.H.S. - Disons que les jeunes ont pour l’instant, évité une telle forme d’organisation, car ils pensent que cela pourrait nuire à l’esprit d’égalité et d’amour fraternel. Mais plusieurs personnes sont présentes depuis les premiers jours de la création du groupe, dont Anahit Hakobyan et Gor Hakhverdyan, qui sont nos représentants auprès du Diocèse. Par ailleurs je convoque tous les membres une fois tous les un à deux mois pour une réunion de travail, avec un ordre du jour établi que nous suivons pour programmer des événements.

« NH » - Une adhésion au groupe est-elle exigée de la part des jeunes ? 
P.H.S. - Non, l’adhésion n’est pas obligatoire et nous avons également parmi nous des jeunes qui proviennent de quartiers éloignés ne disposant pas encore de groupe similaire. A signaler qu’un travail est fait également à ce niveau-là.

« NH » - Nous avons pu remarquer la participation active des jeunes aux manifestations organisées dans le cadre de la commémoration du centenaire du génocide. 
P.H.S. - Oui, ils ont apporté non seulement leur soutien aux événements organisés mais ils ont aussi mis en place leurs propres programmes. A la veillée du 23 avril, les jeunes étaient habillés en vêtements liturgiques, portant des inscriptions de circonstance. Ils ont participé à une cérémonie  d’allumage de bougies, très émouvante... Nous avons constitué un petit groupe et allons organiser prochainement un petit concert. Nous envisageons également de publier un livret bilingue que j’ai rédigé à la mémoire des victimes du génocide, intitulé « Témoignages arméniens dans la Bible ». Notre groupe de jeunes assurera la traduction. Le but de ce livret est à la fois éducatif et informatif.

« NH » - Puisque nous parlons de publication, comment percevez-vous la question de l’orthographe classique et d’après Apeghian?  
P.H.S. - Avant de venir ici – alors que je suis prêtreje n’imaginais pas bien la valeur, le poids et l’importance de l’orthographe de l’arménien classique, et je peux dire que la majorité de la opulation en Arménie ne réalise pas encore l’importance vitale de cette question.  

« NH » - L’organisation de votre camp d’été est une initiative très encourageante. Qui a été à son origine ? 
P.H.S. - Je n’ai rien fait à ce sujet. Je ne fais qu’encourager les jeunes à y participer. Ce travail a été initié par le Primat du Diocèse Monseigneur Vahan et avec la participation des prêtres des régions de Marseille et de Lyon, puisque ce camp aura lieu dans le sud, du 16 au 21 août prochain.  

« NH » - Que diriez-vous au sujet du rassemblement des jeunes à Etchmiadzine ? 
P.H.S. - Cette réunion, organisée périodiquement, cette année a eu lieu début juillet. La majorité de la réunion de cette année a été naturellement dédiée au centenaire. Il y avait des jeunes représentants des diocèses du monde entier à cette réunion (nous pourrons en parler ultérieurement).

« NH » - Que dire à propos des relations des jeunes de votre groupe avec les Eglises sœurs ? 
P.H.S. - Depuis le début de mon ministère pastoral à Paris, nous n’avons pas encore eu l’occasion de coopérer avec les églises sœurs, mais il y a eu quelques prises de contact et j’espère qu’à l’avenir nous aurons la possibilité de développer ces relations. 

« NH » - Les jeunes se préparent-ils aussi pour la vocation spirituelle ?  
P.H.S. - Nous les laissons libres dans leurs choix. Certains parmi eux font partie de la chorale de l’église. C’est mon rêve que les jeunes s’intègrent aussi à la vie cultuelle et rituelle.  

« NH » - Aujourd’hui, dans les conditions de la mondialisation, nous rencontrons souvent des jeunes qui expriment leur souhait de se retirer dans un monastère catholique ou dans un temple bouddhiste pour une semaine afin de méditer. Est-ce que l’Eglise arménienne reçoit elle aussi, de telles demandes et qu’est-ce qu’elle propose dans cette direction ? 
P.H.S. - Je suppose que cette volonté de retraite spirituelle n’est pas si forte chez les jeunes parce qu’ils font déjà partie de la vie publique. D’autre part, je voudrai dire qu’on a déjà parlé de ce sujet pendant nos réunions et quelques personnes ont exprimé leur désir de passer une période de retraite dans un monastère. A mon avis, le manque du temps est le plus grand obstacle pour rapprocher les jeunes à la vie de l’Eglise.  

« NH » - Les jeunes en général viennent-t-ils à l’église à cause de leur conscience nationale ou pour retrouver leur identité et leurs besoins spirituels ? 
P.H.S. - Il y a un an, j’avais préparé un questionnaire où il y avait également la question « Pourquoi je viens à l’église ? ». La grande majorité des jeunes a répondu qu’ils viennent pour avoir plus de  connaissances spirituelles et pour améliorer leur vie spirituelle. Je m’excuse de le dire mais je pense ue ceux qui viennent à l’église pour des objectifs nationaux, assistent seulement à la messe et partent … Ils ne souhaitent pas s’impliquer à nos unions de jeunes. Il est possible que ce soit à cause de la mentalité communautaire. Bien évidemment, nous traitons pendant nos réunions les questions nationales mais l’accent est plutôt mis sur les connaissances spirituelles, parce que pour nous, l’Eglise est l’une des sources du patriotisme spirituel. 

« NH » - Est-ce que les activités de l’Eglise sont suffi samment traitées par la presse ou intégrées dans le système d’information ? 
P.H.S. - La réponse est négative et c’est peut-être de ma faute. Il s’agit bien sûr de Paris. C’est peut-être moi qui devais m’approcher des personnes qui venaient à l’église afi n de créer des liens. Sincèrement, je voulais souligner que les Arméniens de Paris ne sont pas très accueillants, parce que moi en tant que personne venue de l’extérieur, j’aurais du être mieux accueilli. Je suis resté enfermé dans l’église pendant deux ans. Par exemple, c’est la première fois que je visite votre rédaction. Je ne suis pas invité par un certain nombre d’institutions. Je perçois petit à petit la mentalité des Arméniens de Paris. Je souhaiterais beaucoup que «Nor Haratch», unique journal en langue arménienne, résente, d’une manière accessible pour les lecteurs et une fois par semaine, des articles dans une colonne consacrée à l’Eglise. Pourquoi j’insiste sur ce point ? C’est parce que dans la mentalité de notre  peuple l’Eglise est un vestige, un objet de musée … Je souhaite que les gens comprennent qu’il faut donner une occasion pour qu’elle ait un rôle signifi catif dans leur vie privée. L’Eglise a son mot à dire aujourd’hui, elle ne parle pas seulement de Tatevatsi ou de Chenorhali. Il faut sans doute parler aussi du passé, parce que le passé est notre meilleur enseignant pour construire le présent et voir le futur. Pour recevoir plus d’informations au sujet du Groupe des jeunes « Saint Jean-Baptiste » de Paris, vous pouvez vous adresser à : www.jeaap.net

P.S. – Nous sommes heureux d’accepter la proposition du Père Houssik d’accorder une colonne consacrée à la vie de l’Eglise dans le journal «Nor Haratch». L’Eglise est l’un des fondements de l’arménité, un élément inséparable de sa vie collective. Des articles ont déjà été périodiquement ou épisodiquement publiés dans le journal selon les nouvelles du jour, mais sans suivre une idée planifi ée. L’initiative de Père Houssik correspond également à la mission de « Nor Haratch » ; c’est-à-dire présenter les nouvelles concernant la vie politique, nationale, culturelle et spirituelle dans le cadre des valeurs de notre rédaction : l’ouverture d’esprit, la liberté d’expression et de conscience.

Entretien avec le père Houssik Sargsyan, 
Prêtre de la paroisse de la cathédrale
Saint Jean-Baptiste de Paris
(Nor Haratch N814)
http://www.jeaap.net/2015/07/blog-post_30.html
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